Le Blog Officiel de Jean Pascal GOURNES
Chers amis,
J’aurais très bien pu intituler cet article « LGV ou Le Grand N’importe quoi » mais ça ne collait pas avec l’acronyme. Par contre, ça colle parfaitement avec la réalité que nous vivons depuis quelques mois, du moins pour tous ceux qui, comme moi, ont suivi de près ce mauvais feuilleton improbable de l’été 2008 qui n’a toujours pas trouvé sa chute durant l’automne.
Petit rappel des faits historiques :
2005 : fin d’une longue période de concertation, d’études, d’enquêtes sur la LGV PACA qui doit relier Paris à Nice. Contrairement à 1992 où la rivalité entre Marseille et Nice avait fait échouer le projet, le consensus politique est enfin là et il repose sur le choix d’un tracé qui fait l’unanimité : celui des Métropoles, c'est-à-dire celui passant par Marseille et Toulon. M. ESTROSI, Maire de Nice mais aussi, à l’époque, ministre de l’aménagement du territoire, soutient ce tracé car il va enfin voir une vraie LGV desservir sa ville. M. FALCO, Maire de Toulon, va pouvoir offrir à sa ville, qui recherche désespérément un second souffle, un nouvel élan économique. M. GAUDIN rêve de voir Marseille devenir la capitale de l’Arc Méditerranéen et la LGV traversant la cité phocéenne jusqu’alors cul de sac ferroviaire, est un don du ciel. Mme JOISSAINS a défendu avec ferveur son territoire, et les paysages au nord de la Sainte Victoire sont définitivement épargnés. Bref, tout le monde applaudit bruyamment ce grand succès pour notre région.
Février 2008 : En pleine campagne électorale des élections municipales, JC GAUDIN, alors en difficulté, exhibe avec enthousiasme une lettre du Président SARKOZI dans laquelle celui-ci promet que la LGV PACA traversera bien Marseille. Ce geste aurait du nous alerter. En effet, pourquoi donc JC GAUDIN avait-il besoin de cette confirmation de l’Elysée alors que tout le monde savait pertinemment que cela avait été acté par l’ensemble de la classe politique de la région ? La réponse est aujourd’hui évidente : JC GAUDIN savait à l’évidence que RFF et l’Etat avaient, dès 2005, fait leur propre choix, et que ce n’était pas celui des Métropoles.
Juin 2008 : Intervention fracassante du préfet SAPPIN, remplaçant du brillant Christian FREMONT, qui déclare par voie de presse, sans la moindre concertation avec les élus locaux, que, par souci d’économie, la LGV PACA passera non plus par Marseille mais bien par la Haute Vallée de l’Arc et le Centre Var. A la surprise générale, il est soutenu très rapidement par JC GAUDIN, puis par Hubert FALCO, désormais ministre de l’aménagement du territoire.
Il s’en suit une incroyable valse de chiffres tous plus affolants les uns que les autres, à grands coups de milliards d’euros, ce qui à l’époque, dans une vie antérieure - celle d’il y a 6 mois - représentait des sommes colossales. Aujourd’hui, on distribue les milliards comme les bonbons un soir d’halloween.
Les maires de la Haute Vallée de l’Arc, enfin réconciliés, du moins je l'espère, se regroupent en collectif auquel viendront se rallier les maires du Centre Var. La fronde s’organise et joue sur les incohérences des montants annoncés par les uns et les autres. Le préfet SAPPIN parle de 3 milliards d’écart entre les 2 tracés quand, quelques jours plus tard, FALCO parle de 5 milliards. C’est à celui qui dira le mieux, une surenchère qui est sensée convaincre les élus responsables que nous sommes d’abdiquer et de se ranger au bons sens dicté par RFF. Car dans ce dossier, RFF s'est, comme à son habitude, placé en position divine, avec comme prophète portant la bonne parole un préfet qui n’a visiblement pas la stature de son illustre prédécesseur aujourd’hui chef de cabinet du Président SARKOZY à l’Elysée.
Durant toute cette période les élus sont méprisés, écartés, ignorés. Puis est venu le temps des menaces et du chantage. J’ai vraiment tout entendu en provenance de la préfecture. Comme : « il y a un temps pour la contestation puis un temps pour la résignation et la fatalité », paroles de Nicolas de MAISTRE, chef de cabinet du préfet. Mais aussi « Tout débordement sera durement réprimé », ce à quoi nous, élus, avions répondu que nous n’étions pas des voyous. Le préfet n’est pas en reste non plus, coté déclarations qui fâchent : « Maintenant que les élections sénatoriales sont passées, les élus doivent comprendre que la récréation est finie ». Libre à chacun d’interpréter à quelle hauteur d’estime nous figurons dans l’esprit du représentant de l’Etat.
Aujourd’hui, où en sont tous nos politiques et acteurs de ce dossier épineux ?
Les Pro Métropoles :
JC GAUDIN, aidé par des études complémentaires fournies par les Agences d’Urbanisme du Pays d’Aix et de la CUM, est revenu à sa position initiale, c'est-à-dire favorable au tracé des Métropoles, en avançant le fait que le préfet lui aurait menti et l’aurait trompé sur la réalité des coûts. Il exige désormais que la LGV passe par Marseille.
Jean Noël GUERINI qui, depuis le début, a compris que seul le tracé des Métropoles a une réelle cohérence pour son département, reste droit dans ses bottes.
Maryse JOISSAINS défend, cette fois, le sud de son territoire mais aussi son fond de commerce car la LGV mettrait en péril l’activité de la microélectronique de Rousset, c'est-à-dire 40% des rentrées financières de la CPA et 4500 emplois directs. Il y a de quoi avoir des sueurs froides…
Jacques FISTER, Président de la CCI, qui défend les intérêts du monde économique marseillais, est prêt à mettre 15% du financement des collectivités sur la table si la LGV passe par Marseille.
Horace LAFRANCHI, Président du CG du Var, protège lui aussi son territoire et surtout Saint Maximin, dont il a été le maire, qui serait défiguré par le tracé Vallée de l’Arc.
Les Anti Métropoles
Hubert FALCO, bien esseulé, met en avant « l’énorme écart de prix entre les deux tracés», et est prêt à sacrifier, sans doute à tout jamais, sa bonne ville de Toulon au profit de son ministère de l’aménagement du territoire. Mais il est également anti tracé Vallée de l’Arc en soutien de son ami LANFRANCHI. En conséquence, il prône un retour sur le tracé Val de Durance…
RFF et le préfet SAPPIN, on s’en doute, refusent ce tracé pour de basses considérations financières. En oubliant quand même que le tracé Vallée de l’Arc c’est seulement 12 trains par jour, alors que Métropoles c’est 61. Quand on sait qu’une LGV n’est rentable pour la SNCF qu’à partir de 60 trains par jour, ça devrait pourtant les faire réfléchir…
Les On s’en fout
Michel VAUZELLE, Président de la Région PACA, et Christian ESTROSI veulent la LGV à tout prix, peu importe le tracé, peu importe la réalité économique, et
peu importe quel territoire sera finalement détruit à jamais. Pour le premier, il faut à tout prix faire travailler les grosses entreprises du TP de la région, pour le second il faut ramener les
parisiens 10 minutes plus vite sur un territoire déjà saturé et ultra bétonné.
Il faut quand même savoir que, côté nuisances, M. ESTROSI est plutôt décontracté car la LGV, dans les Alpes Maritimes, est prévue en tunnel de Saint Raphael à Nice ! C’est sans doute là
qu’il y a des économies à faire. Si les niçois veulent la LGV, ils devraient aussi en prendre les nuisances…
Tout ceci, mes chers amis, est à mon humble avis d’élu local et de simple citoyen, absolument pitoyable. Je me souviens d’une banderole brandie lors de la manifestation anti LGV du 1er septembre 2008 à Marseille qui disait « Cézanne, réveille toi, ils sont devenus fous ». Je crois, hélas, que c’est effectivement le cas.
Je vous laisse le soin d’interpréter tranquillement toutes ces informations et de me dire ce que cela vous inspire.
Amicalement
Jean Pascal GOURNES
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